Pourquoi j’arrête les formations Angular présentielles

Mon quotidien

Le réveil sonne. 6h du matin.

Direction la Gare Montparnasse. Le train de 6h57 pour Niort.

Je n’ai pas envie de sortir du lit. Mais j’ai pris un engagement professionnel et je dois le tenir.

J’enchaîne les étapes mécaniquement. La douche. Le sac. Le métro. Le train. Arrivé à Niort, je prends un taxi qui me dépose dans un parc d’entreprises à 30 min du centre-ville. Les transports ne vont pas jusqu’ici. Le cadre est déprimant : des routes sans trottoirs et des bâtiments épars encadrés de parkings.

J’arrive dans les locaux de mon client. On m’installe dans une salle éclairée au néon, remplie d’une dizaine de vieux PC. 8h50, les participants ne vont pas tarder.

Je prends une profonde inspiration, et je me prépare à animer ma formation Angular pour la soixantième fois (environ, je ne compte plus)…

Cela fait une dizaine d’années que je forme des développeurs web. Autrefois sur Drupal. Aujourd’hui sur Angular. Toutes les formations ne se ressemblent pas. Certaines ont lieu à Paris, d’autres en province. Parfois les participants sont sympa, attachants même, parfois moins. Parfois je suis en forme, parfois moins.

Je n’ai plus le feu sacré.

J’adore former les gens et je pense que j’ai un talent pour ça. J’aimerais continuer à travailler dans ce domaine, mais la manière dont j’exerce mon métier de formateur ne me convient plus.

Je ne crois plus à l’efficacité de la formation présentielle

Pour moi, le modèle classique des formations présentielles est cassé.

Il y a trois grands problèmes qui reviennent tout le temps.

1. Niveaux hétérogènes des participants. Probablement le problème le plus répandu et le plus frustrant. Tous les participants n’arrivent pas avec les mêmes connaissances. Certains voudraient revoir les bases, d’autres aller sur des concepts plus avancés. Il y a bien une liste de prérequis pour assister à la formation, mais les participants ont du mal à s’auto-évaluer (ils pensent maîtriser un sujet alors que ça n’est pas le cas), et ce n’est pas dans l’intérêt des organismes de formation d’être trop regardants : ils veulent remplir leurs sessions le plus possible pour les rentabiliser.

Pour le formateur, le défi est de trouver le bon rythme. Trop lent, et les bons s’ennuient. Trop rapide, et les faibles sont largués.

2. Rythmes et modes d’apprentissages différents. À niveau de départ égal, deux participants n’apprennent pas au même rythme. Certains posent beaucoup de questions. D’autres ont besoin de temps, de pratique, de voir plutôt que d’écouter, etc. Là encore, cela va créer des décalages de rythme tout au long de la formation.

3. Rabâchage du cours magistral, au détriment de la pratique. Mes formations alternent cours magistral et pratique. La partie cours magistral a peu d’intérêt pour moi : je répète toujours la même chose ; c’est ennuyeux et peut-être que je le laisse paraître ; parfois je trouve une bonne manière d’expliquer, mais je ne suis pas sûr d’y repenser la fois suivante. L’idéal serait d’enregistrer en vidéo la “meilleure version” de mon cours magistral, de le faire regarder aux participants en dehors du temps présentiel, qui serait alors consacré uniquement aux questions et aux exercices pratiques.

Logistique contraignante et frustration humaine

Jusqu’à présent j’ai surtout évoqué les aspects pédagogiques, mais il y a d’autres points plus personnels qui me frustrent dans les formations présentielles.

Les contraintes pratiques. Je vis à Paris mais une bonne moitié de mes formations se déroule en province, ce qui occasionne de fréquents déplacements. Dormir à l’hôtel et manger au restaurant peut avoir son petit charme au début, mais après 10 ans, on voit surtout les points négatifs (dîner seul dans une ville où on ne connaît personne, les hôtels au milieu de nulle part sans rien à faire de sa soirée…).

Les aspects humains. Il faut connecter humainement avec un groupe de 10 personnes pendant 3 jours. Trop chrono, c’est parti ! Les participants n’ont pas choisi le formateur, ils n’ont aucune idée de son style d’enseignement, de sa personnalité, de ses compétences. Ils ont juste passé commande auprès d’un organisme de formation. On n’a pas appris à se connaître. On ne se reparlera plus une fois la formation terminée. Personnellement j’ai du mal avec ça.

Un business à la croissance limitée

J’interviens comme sous-traitant pour trois organismes de formation principalement, ce qui me place dans une position de business un peu précaire :

  • Si l’un de ces organismes arrête de travailler avec moi, je perds une grosse partie de mon chiffre d’affaire.
  • Je n’ai pas la main sur le volume d’affaires entrant, je suis dépendant des formations que ces organismes me proposent. Si je vendais en direct, je pourrais faire de la publicité ou développer des stratégies marketing pour attirer plus de clients.
  • Je suis limité par le volume de formations que je peux animer physiquement. Si deux organismes me demandent une formation aux mêmes dates, je ne peux pas envoyer un sous-traitant à ma place pour la deuxième session.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je ne vends pas mes formations en direct. Deux raisons principalement :

  1. Je n’ai pas accompli les formalités pour être référencé dans Datadock (les démarches m’ont semblé trop compliquées pour un solo). Mes clients ne pourraient donc pas faire financer leur formation par leur OPCA s’ils me l’achetaient en direct.
  2. Je ne suis pas visible sur Internet et je n’y connais rien au webmarketing. En gros, si on tape “formation Angular” sur Google, je n’apparais pas dans les résultats.

J’arrête les formations Angular présentielles

Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, j’ai décidé d’arrêter les formations Angular…

…en présentiel.

Mais PAS d’arrêter les formations Angular tout court. 😌

Je pense qu’il est possible de faire des formations autrement, avec :

  • Un respect du niveau initial et du rythme de l’apprenant.
  • Un accompagnement personnalisé pour chaque apprenant.
  • Un formateur qui devient un mentor et un guide, plutôt qu’un perroquet qui régurgite des connaissances.
  • Moins de contraintes logistiques pour le formateur et pour l’apprenant.
  • Un rapport humain plus personnel et plus qualitatif.

J’en parle plus en détail dans l’article Ma Vision pour AngularChef.

comments powered by Disqus